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Feux de forêt en Alberta : répercussions et résultats potentiels

Exposé spécial

Aperçu

Les Canadiens ont souvent eu à surmonter des désastres naturels comme des inondations, des tempêtes de neige, des tremblements de terre et des feux de forêt. En partie parce qu’ils ont touché le deuxième pays au monde en termes de superficie, ces événements ont causé des dommages économiques importants au cours des 149 années d’histoire du Canada. Le dernier feu de forêt majeur s’était produit à Slave Lake, en 2011. Ce désastre a causé l’évacuation de 7 000 personnes, des dommages à hauteur de 1,5 milliard de dollars américains et une baisse du PIB de 0,13 point de pourcentage.

On se souviendra du feu de forêt de mai 2016 en Alberta comme l’un des plus dévastateurs. Au moment de la publication, le feu avait embrasé une région équivalant à près de deux fois la ville de New York. Il avait ravagé des maisons, forcé le déplacement de milliers de personnes et ajouté de la pression pour le secteur déjà malmené des hydrocarbures. Les dommages initiaux soient difficilement quantifiables, mais ce qu’on sait, c’est que le feu a entraîné l’évacuation et la relocalisation immédiates de 70 000 à 100 000 personnes provenant des secteurs sinistrés de la ville albertaine de Fort McMurray et de ses environs. On évalue à plus de 1 600 le nombre de maisons endommagées. De plus, selon la banque de données commerciale Dun & Bradstreet, le feu pourrait toucher 3 650 entreprises actives ou 0,2 % du total de l’univers canadien actif de Dun & Bradstreet.

Attendez-vous à ce que les chaînes d’approvisionnement locales subissent une interruption à court ou à moyen terme en Alberta et dans les provinces environnantes.
Adam Morehouse, Consultant en analyses macroéconomiques, Dun & Bradstreet
 

En termes d’importance par rapport à l’ensemble de l’économie canadienne, l’Alberta représente près de 19 % du PIB total, 12,6 % des emplois au Canada et environ 14 % des exportations de biens canadiens. Elle abrite la troisième réserve de pétrole brut du monde en termes de grandeur et contient des quantités importantes de pétrole non conventionnel, connu sous le nom de bitume naturel ou de sables bitumineux. L’exportation de ces ressources reste une composante cruciale de la croissance économique à long terme et de la stratégie d’exportation du Canada. Actuellement, le pétrole et le bitume bruts comptent pour environ 11 % de l’exportation annuelle, ce qui représente une légère diminution par rapport aux années précédentes, mais reste un facteur considérable pour les revenus d’exportation. Les risques les plus importants se rattachent donc non seulement au déplacement immédiat des personnes et aux dommages des infrastructures, mais aussi à l’interruption à long terme de la production de pétrole dans la région.

 

Les incidences de ce désastre seront considérables, et nous avons établi trois scénarios potentiels qui considèrent les répercussions en fonction de la sévérité du feu de forêt.

Répercussions commerciales

  • Le secteur des hydrocarbures, comprenant les entreprises d’extraction du pétrole brut, de raffinement, de services liés aux champs de pétrole et de services auxiliaires, sera touché négativement par les feux. La perte de production due aux fermetures entraînera des recettes cédées qui auront des répercussions sur le chiffre d’affaires de l’entreprise et, à un niveau plus élevé, sur les recettes fiscales provinciales attendues.
  • De plus, les employés de ces secteurs subiront des pertes de revenus, ce qui aura des effets défavorables sur le taux de consommation dans l’économie locale et, dans une moindre mesure, dans l’ensemble du pays.
  • Selon les prévisions, le revenu des ressources non renouvelables pour 2016-2017 compterait pour 6 % du revenu budgétaire provincial de l’Alberta. Compte tenu du désastre, ce chiffre sera probablement plus bas, ce qui augmentera le déficit budgétaire. Heureusement, le gouvernement de l’Alberta a l’un des plus bas ratios dettes/PIB nominaux des provinces canadiennes. Ce ratio donnera au gouvernement plus de flexibilité s’il doit emprunter pour reconstruire l’essentiel de son infrastructure.
  • L’estimation initiale pour l’ensemble des pertes assurées se situe entre 4 et 9 milliards de dollars canadiens ou environ 0,5 % du PIB. Cette catastrophe naturelle s’élève ainsi au rang des plus coûteuses. Bien que l’estimation reste préliminaire, le secteur de l’assurance subira une pression financière qui entraînera une baisse de ses marges d’exploitation et une hausse des primes pour tous les secteurs au Canada.
  • Le Canada dispose de réseaux routier et ferroviaire importants et ses chaînes d’approvisionnement sont bien intégrées dans l’ensemble du pays mais, tant que les feux continueront, le transport sera limité dans la région et ses environs.
  • Comme bon nombre de maisons devront être reconstruites, les secteurs de la construction, des matériaux de construction, des biens ménagers et des services connexes bénificieront de la situation.

Recommandations

  • Établissez immédiatement des plans d’urgence si vos chaînes d’approvisionnement sont tributaires d’entreprises établies dans la région touchée par les feux.
  • Certaines entreprises d’extraction de pétrole se sont prévalues de la clause de force majeure figurant à leurs contrats. Passez les clauses de vos contrats en revue si on se prévaut de la clause de force majeure et établissez des plans d’urgence si vous dépendez d’entreprises qui disposent de ces clauses et dont la production est réduite ou suspendue.
  • Attendez-vous à ce que les chaînes d’approvisionnement locales subissent une interruption à court ou à moyen terme en Alberta et dans les provinces environnantes. Cherchez des sources d’approvisionnement de rechange si vos ressources proviennent de la région de Fort McMurray, surtout si vous dépendez des autoroutes 66 et 881, où des barrages routiers sont en place.
  • Continuez de contracter des assurances liées aux catastrophes naturelles si vous êtes actif dans la région touchée. Les feux de forêt sont chose courante en Alberta (entre 1 000 et 7 000 occurrences par année) et, de façon générale, dans l’ensemble du Canada (plus de 8 000 par an).
  • Pour le moment, tenez pour acquis que les feux continueront dans la région de Fort McMurray.

Scénarios possibles

En savoir plus (en anglais)

Historique et contexte

Même avant ce désastre regrettable, le secteur pétrolier et gazier du Canada, les entreprises connexes et les provinces dépendantes des hydrocarbures avaient senti les contrecoups financiers de la baisse des prix mondiaux du pétrole. En effet, l’agence de notation Moody’s a baissé la note de la dette à long terme de l’Alberta avant le feu. Les prix réduits du pétrole ont causé des pertes d’emploi, une diminution de la production et une baisse les dépenses d’investissement. Et le désastre aggravera ces aspects. Dun & Bradstreet a baissé la note de risque du Canada d’un quartile en février (Tableau 1) à DB2C (toujours dans la catégorie à faible risque). Cette baisse est principalement attribuable à la détérioration à court terme des perspectives économiques. Les feux de forêt ne feront qu’aggraver la situation puisqu’ils auront pour effet d’augmenter les risques et d’influer négativement sur les échanges transfrontaliers.

En savoir plus (en anglais)

Bien qu’on ait circonscrit le feu de forêt à une région précise de l’Alberta et qu’il ait causé des dommages limités aux installations de production d’hydrocarbures jusqu’à maintenant, la fermeture temporaire des installations pour des raisons de sécurité limitera la production de pétrole canadienne et albertaine pour les semaines et peut-être les mois à venir. La production totale de pétrole en Alberta déclinait déjà constamment à cause des faibles prix : selon les données de Statistique Canada, la production provinciale a diminué de 17,5 % depuis janvier 2015. Depuis que le feu sévit, il se perd un million de barils de pétrole par jour, et le total augmente chaque jour. D’une part, la production perdue met une pression à la hausse sur les prix mondiaux du pétrole, mais, d’autre part, elle reste tout de même une perte de production pour le Canada qui entraîne des pertes de revenu nuisant aux entreprises canadiennes et des pertes de revenu fiscal potentiel nuisant là l’économie canadienne.

Tout dommage direct aux installations pétrolières interrompra la production pour une longue période, mais des facteurs comme le manque de végétation environnante aideront à limiter les dommages du feu. La végétation est absente autour des installations, ce qui limite la propagation possible des feux.

Par contre, les infrastructures de transport canadiennes sont, elles, toujours menacées. Le Canada dispose de réseaux routier et ferroviaire importants et ses chaînes d’approvisionnement sont bien intégrées dans l’ensemble du pays mais, tant que les feux continueront, le transport sera limité dans la région et ses environs. Des barrages routiers sont toujours présents à l’intersection des autoroutes 63 et 881, au sud de Fort McMurray. L’autoroute 63 est une voie clé du réseau routier canadien et elle est l’unique route qui mène hors de Fort McMurray. Compte tenu de l’importance de la route 63 dans la région, les autorités prévoient en terminer le doublement pour la fin de l’année 2016. Le gouvernement a déjà dépensé 1,2 milliard en réparations. À l’heure actuelle, l’évaluation des dommages liés au secteur du transport est limitée, mais ils comportent toujours un risque pour l’environnement du marché canadien.

Bien que la gravité des feux de forêt puisse changer rapidement, nous pensons pour l’instant que le scénario A s’appliquera probablement. Selon ce scénario, les feux de forêt, circonscrits à la région environnante, causent des dommages limités et ont un effet transitoire sur le PIB du T2. Par contre, les feux peuvent changer rapidement de direction et d’intensité. Les scénarios B et C sont donc toujours plausibles.

Les répercussions du feu sur l’économie canadienne à court et à moyen terme dépendent de l’ampleur de sa propagation et de la durée de l’interruption de la production de pétrole. Bien que la possibilité de récession ait augmenté à cause des feux de forêt, nous croyons que, compte tenu de la probabilité du scénario A, le sinistre réduira le PIB réel d’environ 0,1 point de pourcentage, un peu comme c’était le cas lors du feu de forêt à Slave Lake en 2011. D’une part, Stephen Poloz, le gouverneur de la Banque du Canada, a nommé un certain nombre de développements positifs dans l’économie canadienne au cours de la réunion d’information sur la politique monétaire d’avril 2016. Par exemple : la remontée des prix mondiaux du pétrole, l’amélioration du marché immobilier américain, de nouvelles dépenses de relance budgétaire et une augmentation du taux de participation au marché du travail. D’autre part, des indicateurs continuent de pointer vers le relâchement des facteurs économiques fondamentaux et la détérioration à court terme des perspectives économiques. L’économie canadienne fait face à une hausse du taux de chômage (actuellement à 7,1 %) ainsi qu’à un ralentissement de la croissance trimestrielle annualisée (et sous la tendance) du PIB réel. Le pays est entré en récession technique (deux baisses consécutives du PIB trimestriel) en 2015. De plus, la dégradation des termes de l’échange depuis 2014 indique des problèmes fondamentaux sous-jacents dans l’économie canadienne. Les Canadiens sont habituellement résilients, mais les ménages demeurent fortement endettés. La dette des ménages en tant que pourcentage du revenu disponible brut a crû pour atteindre des sommets historiques, s’élevant à 159 % au T4 2015 comparativement à 101 % aux États-Unis et à 136 % au Royaume-Uni. Bien que ces feux ne plongent pas officiellement le Canada en récession, une augmentation de leur intensité et une prolongation de leur durée pourraient augmenter le risque d’arriver à ce résultat. Nous prévoyons que le PIB réel croîtra à un taux modéré annualisé de 0,1 % au T2 et à un taux annuel de 1,4 % en 2016.

Pour plus d’information sur Dun and Bradstreet’s country risk capabilities ou contactez countryrisk@dnb.com

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