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Les 3 forces perturbatrices de la relation moderne É.-U. -Canada

Quelles sont les implications des nouvelles politiques de Donald Trump sur la relation É.-U.-Canada?

Avec plus de 8 850 kilomètres de frontières partagées, les États-Unis et le Canada ont longtemps été des partenaires stratégiques quant au commerce, à la sécurité nationale et à la promotion des idéaux démocratiques. Bien que la coopération continue entre les deux pays soit prévue, la présidence de Donald Trump pourrait avoir des implications commerciales et économiques pour les entreprises opérant au Canada. Plus précisément, l'intention de Donald Trump de modifier le taux d'imposition des États-Unis et de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) pourrait affecter la santé économique et compétitive du Canada.

Bref, une divergence de la façon dont chaque pays considère le commerce pourrait affecter la santé économique à long terme du Canada. En explorant cette relation avec l'analyste du Canada de Dun & Bradstreet, Adam Morehouse, nous avons trouvé les trois forces suivantes qui pourraient potentiellement perturber cette relation.

Une brève histoire de la relation entre les États-Unis et le Canada

Les États-Unis et le Canada avaient des liens commerciaux établis depuis longtemps avant l'ALENA, promouvant conjointement le concept d'intégration plus profonde entre les deux pays dès 1911, lorsque le président américain William Howard Taft signe un accord de libre-échange avec le premier ministre canadien Wilfrid Laurier (bien que l'accord ait par la suite failli). Des tentatives supplémentaires d'accords commerciaux bilatéraux entre les nations ont eu lieu en 1965 (par le biais de l'accord sur les produits de l'automobile entre les États-Unis et le Canada qui a libéralisé les obstacles à l'industrie automobile) et, plus en détail, en 1989 (via l'Accord de libre-échange entre les États-Unis et le Canada).

En bref, la divergence dans la façon dont chaque pays voit le commerce pourrait affecter la santé économique à long terme du Canada.
 

Les décennies de commerce entre les deux nations et la mise en œuvre de l'ALENA en 1994 ont entraîné une dépendance accrue, un accès plus large aux marchés et une intégration plus approfondie de la chaîne d'approvisionnement entre le Canada et les États-Unis. La part du Canada dans le commerce total (exportations et importations) avec les États-Unis a considérablement augmenté après la mise en œuvre de l'Accord de libre-échange É.-U.-Canada et de l'ALENA. La part moyenne du commerce total a atteint 75,3 % dans les dix années suivant la mise en œuvre de l'ALENA (bien que la part totale ait toujours été élevée, en moyenne de 69,9 % dans les dix années précédant l'ALENA), et une plus grande intégration a conduit à des liens d'affaires et à une interdépendance plus solides. Les données récentes suggèrent que cette part est tombée, avec des proportions croissantes du commerce total attribuées à d'autres pays, en particulier des pays avec lesquels le Canada a établi des accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux. Les États-Unis restent toutefois le principal partenaire commercial du Canada.

Exploration des 3 forces pouvant perturber la relations entre les États-Unis et le Canada

À l'heure actuelle, les relations entre les États-Unis et le Canada sont confrontées à trois forces politiques émergentes.

1. Politiques américaines et canadiennes divergentes en matière de changements climatiques

Selon Adam Morehouse, analyste de Dun & Bradstreet pour le Canada, les politiques écologiques proposées par le premier ministre Trudeau, en particulier la taxe sur le carbone par tonne qui débuteront unilatéralement pour toutes les provinces en 2018, risqueraient d'affecter les relations entre les États-Unis et le Canada. La taxe sur le carbone sera effectivement une taxe globale touchant toutes les provinces du Canada qui n'ont pas encore de régime de carbone. Étant donné le soutien général de Trump pour l'industrie houillère américaine, une taxe américaine similaire sur le carbone semble très peu probable.

Les États-Unis et le Canada resteront probablement de solides partenaires commerciaux stratégiques, mais les forces qui créent une fracture idéologique entre eux devraient rester sur le radar de chaque chef d'entreprise.

Les politiques vertes de Trudeau peuvent également nuire aux industries canadiennes de combustibles fossiles, rendant les entreprises moins concurrentielles à l'échelle mondiale. Peut-être plus important encore, ces taxes sur le carbone arrivent à un moment où le secteur du pétrole et du gaz stratégiquement important du Canada est en train de se remettre d'une période de baisse des prix du pétrole et d'une catastrophe naturelle en mai 2016. En outre, une taxe sur le carbone pourrait peser négativement sur les dépenses des consommateurs et exercer une pression sur les ménages canadiens déjà fortement endettés.

Le président Trump a démontré un point de vue différent du premier ministreTrudeau en juin, lorsqu'il a retiré les États-Unis de l'Accord multilatéral de Paris et auquel Canada continue d'adhérer, élargissant le fossé idéologique entre les deux voisins.

Les positions divergentes entre le président Trump et le premier ministre Trudeau quant aux politiques environnementales exerceront probablement une pression sur les industries productrices de carbone du Canada, y compris l'extraction de pétrole brut, du gaz naturel et du charbon, le raffinement et les services de pétrole et auxiliaires. La réduction de la réglementation environnementale aux États-Unis, combinée à la taxe nationale sur le carbone au Canada, rendra probablement les industries canadiennes du carbone moins compétitives que celles des États-Unis.

2. Les industries les plus touchées par la renégociation de l'Accord commercial bilatéral

L'ALENA a créé un premier accord de libre-échange multilatéral entre les grands pays développés et en développement où les États-Unis, le Canada et le Mexique ont accepté de libéraliser le commerce, en supprimant les obstacles commerciaux sur les biens et les services des pays participants. Le président Trump, dans le plan d'action pour les 100 premiers jours de sa présidence, a juré de renégocier l'ALENA ou de déclencher l'article 2205, retirant ainsi les États-Unis de l'Accord (n'exigeant pas l'approbation du Congrès).

Au 98e jour de sa présidence, Donald Trump a adouci sa position sur l'Accord et a annoncé que les États-Unis renégocieraient l'ALENA plutôt que de s'en retirer complètement. Bien que cela contribue à atténuer l'impact du retour aux relations commerciales antérieures à l'ALENA, il existe encore une incertitude importante, d'autant plus que certaines industries, comme les produits laitiers et le bois d'oeuvre, pourraient être plus touchées que d'autres.

Un accord commercial plus récent entre les États-Unis et le Mexique pourrait offrir des indices sur la façon dont la renégociation de l'ALENA affectera les différents acteurs. Le 5 juin, les gouvernements des États-Unis et du Mexique ont conclu un accord sur un différend en cours sur le sucre commercial. L'accord évite que le conflit du sucre dépasse les limites d'une série de tarifs de rétorsion par les deux pays, mais impose des limites plus strictes quant à la quantité de sucre que le Mexique peut importer aux États-Unis. Nous pourrions voir des limites similaires imposées au Canada.

À mesure que la renégociation se déroule, le gouvernement Trudeau devra évaluer l'impact de toute nouvelle barrière commerciale établie entre les entreprises canadiennes et américaines. Si les entreprises canadiennes sont confrontées à de nouvelles barrières tarifaires ou non tarifaires à l'égard du marché américain, il est possible d'opter pour d'autres marchés, mais il faudra considérer les coûts de transport intermodaux probablement augmentés, compte tenu de la situation géographique du Canada.

3. Implications des taux d'imposition des sociétés américaines sur l'industrie canadienne

Le taux actuel d'imposition des sociétés au Canada a souvent été qualifié de compétitif en général, classé hautement en termes d'attractivité par rapport à d'autres membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). À 15 %, le taux national d'imposition des sociétés au Canada le place au troisième rang des 35 pays membres de l'OCDE, tandis que les États-Unis, à 35%, se classent en dernier.

L'une des pierres angulaires de la campagne de Donald Trump était de rendre les entreprises américaines plus concurrentielles sur le plan international, en faisant tomber le taux d'imposition des sociétés américaines à 15 %, un mouvement qui, à première vue, porterait les taux d'imposition des sociétés américaines à égalité avec leurs homologues canadiens. Cependant, les provinces canadiennes exigent que les entreprises paient un taux additionnel en plus du taux national. Alors que les taux d'imposition de l'État varient, les taux additionnels de l'impôt des sociétés du sous-gouvernement central totalisent environ 6,0 % à 6,7%. Une somme des deux taux révèle que, bien que les sociétés américaines soient actuellement désavantagées comparativement à leurs homologues canadiens, un nouveau taux d'imposition national plus bas aux États-Unis pourrait inclure l'avantage de coût pour les entreprises américaines.


Les États-Unis et le Canada resteront probablement de solides partenaires commerciaux stratégiques, mais les forces qui créent une fracture idéologique entre eux devraient rester sur le radar de chaque chef d'entreprise. Bien que nous ne pensions pas qu'il y aura des dommages importants à cette relation à long terme, il est fortement recommandé que rester au courant des changements de l'ALENA, des politiques de changement climatique et des accords commerciaux afin que les entreprises puissent faire face aux perturbations.

Adam Morehouse, analyste chez Dun & Bradstreet Canada, a également participé à la rédaction de cet article.

 

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